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July 04 Dans un tout autre genre "Gilberte cependant ne revenait toujours pas aux Champs-Élysées. Et
pourtant j’aurais eu besoin de la voir, car je ne me rappelais même pas
sa figure. La manière chercheuse, anxieuse, exigeante que nous avons de
regarder la personne que nous aimons, notre attente de la parole qui
nous donnera ou nous ôtera l’espoir d’un rendez-vous pour le lendemain,
et, jusqu’à ce que cette parole soit dite, notre imagination
alternative, sinon simultanée, de la joie et du désespoir, tout cela
rend notre attention en face de l’être aimé, trop tremblante pour
qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette. Peut-être aussi
cette activité de tous les sens à la fois et qui essaye de connaître
avec les regards seuls ce qui est au delà d’eux, est-elle trop
indulgente aux mille formes, à toutes les saveurs, aux mouvements de la
personne vivante que d’habitude, quand nous n’aimons pas, nous
immobilisons. Le modèle chéri, au contraire, bouge; on n’en a jamais
que des photographies manquées. Je ne savais vraiment plus comment
étaient faits les traits de Gilberte sauf dans les moments divins, où
elle les dépliait pour moi: je ne me rappelais que son sourire. Et ne
pouvant revoir ce visage bien-aimé, quelque effort que je fisse pour
m’en souvenir, je m’irritais de trouver, dessinés dans ma mémoire avec
une exactitude définitive, les visages inutiles et frappants de l’homme
des chevaux de bois et de la marchande de sucre d’orge: ainsi ceux qui
ont perdu un être aimé qu’ils ne revoient jamais en dormant,
s’exaspèrent de rencontrer sans cesse dans leurs rêves tant de gens
insupportables et que c’est déjà trop d’avoir connus dans l’état de
veille. Dans leur impuissance à se représenter l’objet de leur douleur,
ils s’accusent presque de n’avoir pas de douleur. Et moi je n’étais pas
loin de croire que ne pouvant me rappeler les traits de Gilberte, je
l’avais oubliée elle-même, je ne l’aimais plus. Enfin elle revint jouer
presque tous les jours, mettant devant moi de nouvelles choses à
désirer, à lui demander, pour le lendemain, faisant bien chaque jour en
ce sens-là, de ma tendresse une tendresse nouvelle." (Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, "Autour de Mme Swann") Dans un autre genre Sur la page d'accueil MSN il y avait cette publicité : "SONNERIE OFFERTE. Frankie Vincent : Tu veux mon zizi ?" Enfin une chanson qui s'adresse clairement aux cons et aux trous du cul. Poéthique Le mot tue la chose, parce qu'il l'étiquette comme on ferait sur un bocal de formol. C'est pourquoi le poète est celui qui n'appelle pas un chat un chat. Car il se veut "le berger de l'Etre", pour parler comme Heidegger. Ou encore ceci : "Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir." (René Char) June 30 Encore au sujet de Michael Jackson et du clip "Dirty Diana" Morgan dans un com' écrit : "cette recherche éperdue de la beauté, jusqu'à l'enlaidissement total..
il ne pouvait aller plus loin, c'est sûr !" Oui, c'est cela, c'est
exactement cela. Et dans ce clip de "Dirty Diana" (voir mon billet du 26 juin), il m'a toujours semblé
qu'il était sur le chemin de crête, le pieds sur la frontière, avant l'enlaidissement, avant le départ
sans retour happé par sa folie, et que de là il faisait signe, à la
manière d'un adieu. C'est bien ce que j'aimais dans ce clip et qui me
fascinait : la même chose que dans Citizen Kane, la démesure et comme
des éléments d'explication de la démesure. Voir dans le clip à 1'25 environ, quand MJ s'essuie la bouche d'un revers (étudié, je sais, et alors ?) de main, et soupire. J'ai toujours aimé ces gestes qui semblent échapper à celui qui pourtant contrôle tout ce qu'il peut, et où il semble que percent la fatigue et l'effort contre le réel, sous l'apparat ; où il faut reprendre souffle avant que de s'employer encore à inventer une fête que la vie n'octroiera pas sinon. June 27 Thomas Mann "Quelle placidité et quelle imperturbabilité il y avait dans le regard de Herr Knaak [le maître de danse] ! Ses yeux ne plongeaient pas au cœur des choses, jusqu'au point où elles se compliquent et rendent tristes ; ils ne savaient qu'une chose, c'est qu'ils étaient bruns et beaux. C'est pourquoi il avait si fière allure !" (Tonio Kröger) June 26 Bon, OK, je sais... mais j'étais fasciné par le côté boarder line de cet homme et le drame qu'il semblait nous montrer avec une puissante ostentation
Citer le message précédent YouTube - Michael Jackson - Dirty Diana Celui-là aura fait danser beaucoup d'hommes sur la planète. Qu'y a-t-il d'autre à faire sur cette Terre, sinon danser ? "Je ne croirais pas en un Dieu qui ne sache pas danser." (Nietzsche) Ce bambi-là en était juste un reflet. J'aimais l'énergie me semblait-il désespérée qu'il mettait à danser, totale. Ce refus de grandir, cet homme ni homme ni femme ni enfant, sa voix, l'érotisme très trouble aussi qu'il dégageait jusque dans les soupirs, les claquements de langue et les hoquets qu'il fit sonner dans ses morceaux. June 15 A bas les intellectuels Juste avant le JT de 12h30 sur France 3, il y a eu une bande annonce pour une émission à venir sur la Tour Eiffel. Un journaliste assez content d'être journaliste se trouve sous la tour et débite à peu près ceci, avec le sourire (je cite de mémoire) : "Les intellectuels, à sa construction, n'aimaient pas la tour Eiffel, qu'ils qualifiaient de gros pylône [qu'ils sont bêtes et méprisants, ces intellectuels, et pisses-froids!], et ils ne lui prédisaient aucun avenir [vraiment qu'ils sont bêtes, heureusement qu'on en est débarrassé!]. Cette tour est devenue le symbole de la France [ça, ils l'avaient pas vu, ça !] qui accueille des millions de touristes [et ça c'est des pépettes, ça !]. Ce que n'avaient pas prévu les intellectuels [on en remet une couche, au cas où ça n'aurait pas été compris], c'est que ce monument deviendrait une telle légende." Oui, je suis d'accord avec ça, et je trouve bien qu'il y ait encore des journalistes pour attaquer les intellectuels comme ça, au détour d'une présentation, et pour se féliciter qu'on en soit débarrassé. Dans un monde peuplé seuilement de journalistes et de publicitaires, c'est quand même plus heureux, plus cool, plus fun. Monde d'opinions, on s'y retrouve, et il n'y a personne pour nous proposer d'essayer - quelle arrogance ! et quelle inutilité ! - de voir ou de penser autrement. Les "intellectuels" (j'adore cette expression totalement anachronique) n'aimaient pas la tour Eiffel : ah ! ah ! ah ! qu'ils sont cons ces intellectuels ! [Revoir le chapitre X de Le République de Platon, le fameux mythe de la caverne.] June 12 Benjamin SCISSO, contrairement à ce qu'on a pu dire ça et là...... n'est pas un hécatonchire centimane redondant. C'est, paraît-il, un chélicérate dulcicole. Nuance !Monte dans ta chambre !Mon portable ne m'a pas permis de prendre toute l'affiche en photo, et je ne pouvais pas reculer plus sauf à descendre sur la voie du métro. Le slogan est donc : "Tu les emmènes où tes parents cet été ?" Dis-moi Maëva (ou autre), toi qui joues la star bronzante à ton âge, tu vas le trouver où le fric pour emmener papa-maman aux Seychelles ? Et comment tu réserves l'avion, et l'hôtel, et tout ça ? Tu te crois où ? Tu crois que ça marche comment la vie ? Monte dans ta chambre et vas réviser tes tables ! Messieurs les publicitaires, je vous emmerde. Ce n'est pas une morveuse de dix ans qui va faire la loi à ses parents et, en règle générale, c'est tuer ses enfants que de leur donner une toute puissance dont ils ne peuvent avoir le contrôle (voir le mythe grec de Phaëton). Principe d'éducation : faire appréhender aux enfants le principe de réalité. Je comprends fort bien, pubards, que vous ayez pour cible les enfants que vous avez contribué à faire rois. Mais leur toute-puissance, si ce n'est pas "dans leurs rêves", c'est alors pour notre cauchemar. Car cette toute-puissance est un faux, et lorsque le faux prend place dans la réalité, c'est pour son dysfonctionnement et sa douleur. Je sais que j'exagère, mais l'enfant à qui l'on donne toute-puissance, en définitive, c'est l'enfant-soldat, celui à qui on a remis entre les mains une kalachnikov : il n'y a pas plus cruel. Et en définitive, pour son malheur. J'en vois assez, des perdus comme ça, dans les classes où je travaille. Des dizaines et des dizaines, en vérité livrés à eux-mêmes comme on est livré à ses pulsions, à ses démons, à son chaos intérieur, à ses chiens. Aucun respect pour quiconque, insolence, violence, agressivité et, au fond il me semble, solitude, douleur et dépression. June 11 Une lecture qui me régale![]() Je me permets un conseil de lecture pour ces vacances (livre pas épais du tout, et disponible aussi en poche "Point Seuil", d'ailleurs). Si vous aimez la mythologie grecque, lisez ce livre de Jean-Pierre Vernant, l'un de nos derniers grands spécialistes du monde grec, disparu il y a peu. C'est un récit écrit avec simplicité, sans effets de style pompeux ou pompiers, presque oral, mais sans vulgarité bien sûr. Un récit simple qui déroule pour nous les grands mythes de la Grèce antique. Et c'est littéralement passionnant, car s'y mêlent aussi de très courtes explications incroyablement éclairantes sur la mentalité grecque, lesquelles nous font entrer de plein pied dans cet univers si important du point de vue des arts, mais aussi des fondements psychologiques voire psychanalytiques de l'humanité elle-même à travers ses grands mythes. June 09 Je voudrais lancer la "Journée sans calembour"![]() Je sais, nous en sommes tous plus ou moins friands, et je viens encore d'en faire un en com' sous mon billet juste en-dessous (du niveau de la ceinture). Mais bon, le calembour est partout, et il me rend parfois particulièrement déprimé. Il me semble que quand une société n'a plus rien de neuf à exprimer (ou n'arrive plus à exprimer quelque chose de neuf), elle se tourne alors vers sa langue, vers son outil d'expression, pour les faire parler en-dehors de toute chose à dire. Et c'est là que le jeu de mots est promu. Or ce qui me navre, c'est que la plupart du temps, sous couvert d'une pâle redécouverte, il ne dit rien de neuf ni de renouvelant : il surcreuse, souligne, perpétue, poursuit l'actuel déficit de tout. Il presse, pour en tirer un plaisir disparu, ce "sein de l'antique catin" que nomme déjà Baudelaire dans la pièce liminaire des Fleurs. "Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d'une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange." Il me dit que notre langue n'est plus vers le monde, à l'assaut du monde, mais au contraire qu'elle s'est retournée vers elle-même et, se nourrissant de ses propres entrailles, s'affaiblit à tirer de cette sorte de virtuosité un plaisir quelque peu court, sinon morbide, et de ressassement. June 06 Pour ceux qui souffrent d'aujourd'hui et qui ont vu le film - Little miss Sunshine danse
Citer le message précédent YouTube - Little miss Sunshine danseContre une société corsetée par Reagan et Bush, cette danse. Le moment de cinéma le plus jouissif que j'ai connu depuis longtemps. Ces personnes prises dans l'idéologie-étau de la concurrence acharnée : le "winner" qui win difficilement, le spécialiste de Proust homosexuel dépressif qu'une société ignore, l'ado désespéré du vide de la vie, la femme épuisée dans son métier de femme, toute cette famille tentant de vivre sous la coupe d'une morale hypocrite et bigote de la performance et du sourire télégénique, quand la vraie vie ne l'est pas... et tout cela qui s'éclate enfin un peu, hors des codes déhumanisés de la TV. Hmmm, c'est bon. Il semble que la vidéo ne passe pas... Hadopi ?? Quand il ne se passe rien... ... c'est plus facile d'être au cœur de l'événement. Soyons décomplexés Maintenant, j'vais m'gêner !!?? - je vais voler dans les magasins (Ben quoi ? si je ne me fais pas choper par l'abruti de Paki sans papiers qui surveille !) - je vais roter à table (Ben quoi ? si personne n'ose se mettre un peu à l'aise !) - je vais écraser mes collègues (Ben quoi ? si ils sont assez nuls pour se faire écraser !) - je vais péter au lit (Ben quoi ? c'est le B-A-BA de l'hygiène personnelle !) - je vais rouler à 180 km/h (Ben quoi ? Ce serait quand même extraordinaire, alors que j'ai travaillé toute ma vie pour m'acheter une Lamborghini, que l'on m'oblige à brider ma course et qu'on m'empêche d'en jouir !) - und so weiter Le cauchemar, c'est pas la nuit, c'est dans la journée : Morano, Hortefeux, Dati, Sarkozy, Darcos, Pécresse, Xavier Bertrand... Pas de perspective de réveil, malheureusement. June 02 Extrait d'un mail envoyé à une collègue "Ce que tu m'as dit des classes que tu as visitées me ramène au même
sentiment en sortant de celles que j'ai vues aussi. Des élèves en
toute-puissance provocatrice et blessée/blessante, narquois, méchamment
ironiques, agressifs, pleins d'eux-mêmes et d'eux seuls, seuls en
définitive et creusant leur détresse sans balise, n'ayant de relation
aux autres que dans l'invective ou la moquerie, le méchant tour joué,
dans l'expression de leur puissance violente sur celle des
autres. Revenons-nous au temps des premiers Troglodytes, dont parlait
Montesquieu dans ses Lettres persanes ? J'ai dû rentrer en vélib' plus
d'une fois, depuis le XVe arrondissement parfois, quarante minutes ou une heure
ne serait-ce que pour, en pédalant, épuiser ainsi mon malaise et ma
tristesse devant ces classes et ces enfants. Je refuse toutefois de me
sentir coupable de cet état de fait. J'accuse une société d'argent,
individualiste et de jeunisme mercantile. J'accuse nombre de
publicités, de sitcoms stupides, de films violents. Et l'ennui terrible
des classes parisiennes." J'ajoute : j'accuse aussi depuis vingt-cinq ans le discrédit jeté sur toute réflexion intellectuelle, perçue comme un attentat à la jouissance immédiate et au sacrosaint "carpe diem". Mais en latin, je rappelle que "carpe diem" signifie "cueille le jour", et non pas "sois crétin tu vivras bien". Car pour Horace, cueillir le jour est le fruit d'un grand degré d'humanisme et de sagesse progressivement acquise, pas le fait d'appétits individuels aveugles, incultes, démunis des rêves et des mots, bruts, douloureux, incapables, brisés/brisants. Sorte de poème à l'ancienne mode, sans rimes toutefois, et en hexasyllabes faute d'alexandrins Le jour où la parole saura libre rouler ainsi qu'une bouteille guéant
d'un bord à l'autre tout l'empan d'un navire, bateau au gré des mers
titubant et bercé, le monde aura repris son tangage enivrant , je veux
dire celui qu'un dieu danseur qui rit dans les vapeurs du vin et les
sons de la fête, donna pour origine à cette rêverie. Autrement : Le jour où la parole saura libre rouler ainsi qu'une bouteille guéant d'un bord à l'autre tout l'empan d'un navire, bateau au gré des mers titubant et bercé, le monde aura repris son tangage enivrant , je veux dire celui qu'un dieu danseur qui rit dans les vapeurs du vin et les sons de la fête, donna pour origine à cette rêverie. [Désolé Michel, ça fait des lustres que je n'ai pas écrit des vers. Je voulais des alexandrins, et je me suis fait avoir à l'hémistiche par les "e" muets devant consonne. J'ai dû démanteler ça piteusement en vers de six syllabes, qui plus est non rimés... J'ai perdu la main, dame oui ! ;-)] Ceci m'intrigue INTRIGUER : v. tr. et intr. est emprunté (1532) à l'italien intrigare, forme septentrionale de intricare, lui-même pris au latin classique intricare "embrouiller, embarrasser" ( -> intriquer). Le verbe italien signifie d'abord (fin XIIIe s.) "embrouiller" et "mettre dans l'embarras, rendre perplexe"; de l'idée d'embarras, on passe aux sens de "se livrer à des affaires compliquées, à des intrigues" (av. 1541) et de "s'immiscer (dans une affaire)" (1545) puis à celui d' "éveiller la curiosité" (av. 1610) INTRIGUE n. f. est emprunté au latin intrigo déverbal de intrigare attesté au milieu du XIVe s. Le mot est parfois masculin au XVIIe s., d'après l'italien. Intrigue désigne d'abord (1578) une liaison amoureuse, généralement secrète, puis se dit d'une situation compliquée et embarrassante : ce sens attesté en 1636 est donné pour familier au XVIIIe s. et vieilli au XIXe s. ; il apparaît dans homme d'intrigue "intrigant" (1622), hors d'intrigue (1694) "hors d'affaire" et spécialement "hors de danger", expressions sorties d'usage. L'idée de complexité est présente dans l'emploi pour désigner l'ensemble des événements qui forment l'essentiel de la narration d'un roman, d'une pièce, etc. (Scudéry, 1637) ; de ce sens toujours usuel vient comédie d'intrigue (1798 ; 1751, pièce d'intrigue). A cette valeur s'ajoute celle de "secret" : intrigue désigne une négociation menée avec habileté (1647) et un ensemble de combinaisons secrètes et compliquées pour réussir une affaire (1654). Le mot a aussi signifié dans la langue classique "habileté à intriguer" (v. 1660, entrigue) Le Robert historique de la langue française Etre "intrigué", parfois je me dis que c'est "être mis en récit", "être mis en intrigues", s'espacer dans les logiques foisonnantes des formes de récits pour apparaître, et multipliés par autant d'esprit vous approchant. Dire à quelqu'un "vous m'intriguez", c'est lui dire : vous faites de moi le personnage d'un récit compliqué, le personnage de votre récit. (On a dit quelque part que les poètes sont des "voyants", mais peut-être parce qu'ils voient le langage. Et s'amusent - ou s'effraient - à le sémantiser autrement que de coutume.) Et j'associe à Hamlet ("a fécondé soudain ma mémoire fertile", Baudelaire) : GUILDENSTERN Oh! monseigneur, si mon zèle est trop hardi, c’est que mon amour pour vous est trop sincère. HAMLET Je ne comprends pas bien cela. Voulez-vous jouer de cette flûte? GUILDENSTERN Monseigneur, je ne sais pas. HAMLET Je vous en prie. GIJILDENSTERN Je ne sais pas, je vous assure. HAMLET Je vous en supplie. GUILDENSTERN J’ignore même comment on en touche, monseigneur. HAMLET C’est aussi facile que de mentir. Promenez les doigts et le pouce sur ces soupapes, soufflez ici avec la bouche; et cela proférera la plus parfaite musique. Voyez ! voici les trous. GUILDENSTERN Mais je ne puis forcer ces trous à exprimer aucune harmonie. Je n’ai pas ce talent. HAMLET Eh bien! voyez maintenant quel peu de cas vous faites de moi. Vous voulez jouer de moi, vous voulez avoir l’air de connaître mes trous, vous voulez arracher l’âme de mon secret, vous voulez me faire résonner tout entier, depuis la note la plus basse jusqu’au sommet de la gamme. Et pourtant, ce petit instrument qui est plein de musique, qui a une voix admirable, vous ne pouvez pas le faire parler. Sang-dieu ! croyez-vous qu’il soit plus aisé de jouer de moi que d’une flûte? Prenez-moi pour l’instrument que vous voudrez, vous pourrez bien me froisser, mais vous ne saurez jamais jouer de moi. (Acte III, s. 2) May 31 Pourquoi un "ours mal léché" ?![]() Jadis, on pensait que l'ourson naissait informe et que sa mère le léchait alors afin de le façonner et de lui donner sa forme d'ours. Ainsi, métaphoriquement, un "ours mal léché" est une personne dont la "formation" aux règles de vie en société n'a pas été entièrement accomplie. Bref, un personnage mal dégrossi. J'aime bien cette idée selon quoi l'ours ne prend sa forme que par les coups de langue de sa mère. Cela expliquerait son côté lourdaud, un peu mal foutu, à la va-comme-je-te-pousse, au on-fait-comme-on-peut. Eh quoi ! n'est-ce pas l'animal qui, dans l'imaginaire occidental, s'approche physiquement au plus près de l'homme, mais comme une ébauche mal finie ? (station debout, etc.) L'ours est l'animal arrêté stupide au seuil de l'humanité (quand le singe, lui, y fait ses étonnantes incursions, qui le rendent à nos yeux malin). L'ours, c'est l'homme des bois en quelque sorte, dont on ne sait d'ailleurs, faute de finition, s'il est comique, dangereux, mignon ou redoutable. Cela a-t-il un rapport d'ailleurs avec le fait qu'il est donné aux enfants sous forme de peluche, cette proximité "bonhomme" avec l'espèce humaine, et cette non-finition ? Un "devenir d'homme" saisi dans sa première forme, et primitive, ici transposée ?
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Malouine du Finistèrewrote:
Je passe...
Ton blog m'interpelle...
J'aime le ton et l'écriture...
Je reviendrai...
@gnès de Saint Malo
June 13
jacqueswrote:
J'aime beaucoup ce blog intéressant et varié.
Feb. 6
ComTesSewrote:
Bonjour et bonne journée
Oct. 31
Ode .wrote:
J'aime bien venir chez Monsieur Scisso, mais quand même il exagère : il faut savoir parler anglais, latin, italien, vieux français... Et puis au bout du compte, on s'aperçoit qu'on ne comprend même pas (plus ?) le français.
Oct. 18
plumewrote:
Alors ce sera un remerciement pour votre invitation et un vif intérêt pour pour votre espace .
A bientôt ....
Plume
Aug. 16
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